Annexe II

Tests de traduction littéraire

21 min de lecture

Annexe II : Tests de traduction littéraire

Date des tests : 9 février 2026

Prompt de traduction

Le prompt suivant a été utilisé pour tester la traduction littéraire français → anglais avec Claude Opus 4.6 (Anthropic). Les textes-sources sont des extraits de mes propres livres (Fuites mineures, Relief, Coulées).


CONSIGNE — Traduction littéraire : français → anglais

Tu es un traducteur littéraire travaillant dans la tradition de la traduction déterritorialisante – une traduction qui préserve l’étrangeté du texte-source plutôt que de l’annexer aux normes et aux attentes de la langue d’arrivée (ce que Lawrence Venuti nomme foreignizing translation). Approche illustrée par les retraductions de Dostoïevski par André Markowicz en français, ou par celles de Richard Pevear et Larissa Volokhonsky en anglais.

Principes directeurs :

  1. Préserver l’étrangeté du texte-source. Ne pas domestiquer. Ne pas lisser ce qui est rugueux, normaliser ce qui dévie, ni clarifier ce qui est délibérément ambigu. Si l’original résiste à la lecture facile, la traduction doit résister à la lecture facile – mais en anglais, pas en « français habillé de mots anglais ».
  2. Recréer la poétique de l’auteur en anglais, avec les ressources propres de l’anglais. Déterritorialiser ne signifie PAS calquer la syntaxe ou les tournures françaises en anglais. Il s’agit d’identifier les procédés littéraires spécifiques de l’auteur – rythme, ruptures de registre, architecture phrastique, texture sonore, choix lexicaux, voix narrative – et de trouver comment l’anglais peut produire des effets équivalents par ses propres moyens (jeu des accents toniques, alternance registres germanique/latin, structure des propositions, texture phonétique, etc.).
  3. Respecter le système formel du texte. Prêter une attention particulière à : la longueur et au rythme des phrases ; la ponctuation comme dispositif de respiration et de tempo ; les répétitions (lexicales, syntaxiques, phonétiques) – ne pas introduire de fausse variation là où l’original répète, et ne pas aplatir la variation en répétition ; les glissements de registre et de ton ; la voix narrative, la focalisation et le discours indirect libre ; l’imagerie et la logique figurale – préserver la cohérence métaphorique de l’auteur.
  4. Ne pas expliquer, ne pas compenser abusivement, ne pas éditorialiser. Si l’original est elliptique, être elliptique. S’il est excessif, être excessif. Ne pas ajouter de connecteurs, d’explicitations ou de gloses interprétatives que l’original retient. Faire confiance au lecteur.
  5. Face à un élément intraduisible (jeu de mots, référence culturelle, effet phonétique), privilégier la fonction littéraire du procédé plutôt que sa surface sémantique. Compenser localement si possible ; signaler en note de traducteur brève [entre crochets] uniquement si strictement nécessaire.

Sortie attendue : Fournir la traduction anglaise uniquement. Pas de commentaire ni de justification, sauf si un passage précis exige une brève note de traducteur [entre crochets].


Résultats — Claude Opus 4.6

Fuites mineures (extrait)

Texte-source :

Jo et Dédé je suis allé chez eux des dizaines de fois et eux sont venus chez moi une couple de fois moins souvent que moi chez eux parce que j’habitais en campagne il y avait rien à faire chez nous et j’avais pas de Playstation et pas le câble et pas de Jos. Louis rien de vraiment intéressant à part peut-être les bisons de mon père mais on se tannait vite. Alors souvent les soirs de semaine et la fin de semaine j’allais chez Jo ou j’allais chez Dédé et on faisait des choses ensemble. D’habitude on faisait rien de bien intéressant on regardait le hockey et les nouvelles du sport et nos cartes de hockey ou on se promenait en bicyque on croisait d’autres jeunes dans le village on allait à l’aréna ce genre de choses. Mais cette fois-là cette fin de semaine-là Jo il avait une blonde il m’avait dit Je sors avec Stèf si tu veux tu peux venir on va aller chez son amie Mart. Et moi j’étais jaloux qu’il ait une blonde et pas moi mais j’avais rien de mieux à faire de toute façon alors j’avais dit O.K. et on avait marché ensemble dans le village et on avait retrouvé sa blonde et on était allés chez Mart que je connaissais un peu pas beaucoup. Sa blonde elle venait pas de Thurso elle venait de Papineauville elle avait pas une bonne réputation elle avait juste treize quatorze ans mais tout le monde en parlait comme d’une salope on disait qu’elle fourrait et qu’elle changeait de gars tout le temps et ce genre de choses c’est comme ça que les gars parlaient des filles comme Stèf c’était pas doux. Et Jo il le savait et il les disait lui aussi ces choses-là mais il s’en crissait il était tout fier tout content d’avoir une blonde le Jo. Et pendant qu’on marchait dans les rues pour aller chez Mart ils se tenaient par la main Jo et stèf, et moi j’étais tout jaloux j’avais jamais tenu une fille par la main moi jamais frenché jamais rien fait et j’aurais voulu moi aussi. On est arrivés chez Mart chez les parents de Mart mais les parents ils étaient pas là alors on avait la maison pour nous autres tout seuls. C’était une maison sur la rue qui descend vers la rivière vers le ferry une maison pauvre. Et c’était Thurso la ville avec l’usine de pâtes et papiers la ville où ça pue tout le temps alors ça puait c’était Thurso. Et Mart elle était maigre peut-être qu’elle mangeait pas assez je sais pas en tout cas elle était maigre et toute pâlotte Mart. Et on avait traîné dans le cabanon derrière la maison, Mart en avait fait une sorte de refuge un boudoir mais on aurait pas dit boudoir plutôt une shed une cabane où c’est qu’elle allait pour être seule et inviter ses amis des fois. Puis après on était rentrés dans la maison on s’était installés sur le sofa pour regarder un film. Et moi tout ce temps-là je regardais Stèf et je regardais Jo, je regardais Jo et Stèf mais je regardais surtout Stèf, elle était déjà développée cette fille elle avait des seins et elle avait des hanches et elle avait la peau foncée et elle avait les cheveux très très noirs, je pense qu’elle devait avoir du sang indien cette fille-là elle était racée à souhait je la trouvais belle j’étais jaloux. Elle portait du rouge à lèvres aussi et elle avait dû se rendre compte que je la matais Stèf. J’aurais pu regarder Mart j’aurais pu essayer de me rapprocher de Mart mais j’y ai même pas pensé qu’on aurait pu être ensemble avec Mart, que ça aurait été normal qu’on se pogne Mart et moi ç’aurait fait deux couples deux couples d’amis Jo et Stèf et puis Mart et moi. Pour moi la fille qui frenche et la fille qu’on peut toucher c’était Stèf parce que je la voyais devant moi qui frenchait mon ami Jo et qui se laissait toucher par mon ami Jo qui était peut-être pas vraiment mon ami mais quand même. Et Mart elle était pas laide elle était même mignonne je pense bien, elle avait des cheveux châtains frisés et un visage fin elle était pas laide Mart mais elle était maigre et sèche elle avait pas de seins. Et puis elle me regardait pas Mart elle devait être gênée, elle me regardait pas Mart alors que Stèf me regardait, elle voyait que je la matais Stèf et elle me jetait des regards, elle avait du rouge à lèvres et du mascara et du maquillage noir autour des yeux et elle me lançait de ces regards à travers ses contours noirs et ses cils mascara.

Traduction :

Jo and Dédé I went to their place dozens of times and they came to mine a couple times less often than me to theirs because I lived out in the country there was nothing to do at our place and I didn’t have a Playstation and no cable and no Jos. Louis nothing really interesting except maybe my father’s bison but we’d get bored fast. So often on weeknights and weekends I’d go to Jo’s or I’d go to Dédé’s and we’d do things together. Usually we didn’t do anything very interesting we’d watch hockey and the sports news and our hockey cards or we’d ride around on our bikes we’d run into other kids in the village we’d go to the arena that kind of thing. But that time that weekend Jo he had a girlfriend he’d told me I’m going out with Stèf if you want you can come we’re going to her friend Mart’s. And me I was jealous he had a girlfriend and not me but I had nothing better to do anyway so I’d said O.K. and we’d walked together through the village and we’d met up with his girlfriend and we’d gone to Mart’s who I knew a little not much. His girlfriend she wasn’t from Thurso she was from Papineauville she didn’t have a good reputation she was only thirteen fourteen but everyone talked about her like she was a slut they said she fucked and she changed guys all the time and that kind of thing that’s how guys talked about girls like Stèf it wasn’t kind. And Jo he knew it and he said those things himself too but he didn’t give a shit he was all proud all happy to have a girlfriend Jo was. And while we walked through the streets to get to Mart’s they were holding hands Jo and Stèf, and me I was all jealous I’d never held a girl by the hand me never made out never done anything and I would’ve wanted to too. We got to Mart’s to Mart’s parents’ place but the parents weren’t there so we had the house all to ourselves. It was a house on the street that goes down toward the river toward the ferry a poor house. And it was Thurso the town with the pulp and paper mill the town where it stinks all the time so it stank it was Thurso. And Mart she was skinny maybe she didn’t eat enough I don’t know anyway she was skinny and all pale Mart. And we’d hung around in the hut out back behind the house, Mart had made it into a kind of refuge a boudoir but you wouldn’t have said boudoir more like a shed a shack where she’d go to be alone and invite her friends over sometimes. Then after we’d gone back inside the house we’d settled on the sofa to watch a movie. And me that whole time I was looking at Stèf and I was looking at Jo, I was looking at Jo and Stèf but I was looking mostly at Stèf, she was already developed that girl she had breasts and she had hips and she had dark skin and she had very very black hair, I think she must’ve had some Indian blood that girl she was striking as anything I thought she was beautiful I was jealous. She wore lipstick too and she must’ve noticed I was eyeing her Stèf. I could’ve looked at Mart I could’ve tried to get closer to Mart but I didn’t even think we could’ve been together with Mart, that it would’ve been normal for Mart and me to get together it would’ve made two couples two couples of friends Jo and Stèf and then Mart and me. For me the girl you make out with and the girl you can touch that was Stèf because I could see her right in front of me making out with my friend Jo and letting herself be touched by my friend Jo who maybe wasn’t really my friend but still. And Mart she wasn’t ugly she was even cute I think, she had curly brown hair and a fine face she wasn’t ugly Mart but she was skinny and flat she had no breasts. And she didn’t look at me Mart she must’ve been shy, she didn’t look at me Mart while Stèf looked at me, she could see I was eyeing her Stèf and she’d throw me looks, she had lipstick and mascara and black makeup around her eyes and she’d throw me these looks through her black outlines and her mascara lashes.


Relief (extrait)

Texte-source :

Dans la vision du déplacement, le décor s’organise en cercles concentriques : au premier plan, les troncs bougent vite, contournant de près la camionnette ; au second plan, les arbres passent à vitesse moyenne, comme des marcheurs; à l’arrière-plan enfin, le dense de la forêt tourne très lentement – à la vitesse de la terre. Au hasard de la rotation, la roue du décor produit des radiales d’arbres parfaitement alignés.

Enfin la roue du décor s’immobilise : les radiales se fixent au milieu d’un renfoncement. Les carreaux rouge orange de la veste se camouflent dans les couleurs d’automne; la tronçonneuse orange et la jerrycan rouge en tombant se fondent dans le tapis de feuilles; le crochet et la hache gisent par terre comme des restes d’ébranchage.

Le vent se lève – et les yeux Romu, sur les feuillages qui brassent mille tons de rouge et de jaune : le rouge sucré de l’érable rouge, le jaune verdâtre du peuplier, le jaune blanchâtre du bouleau, l’orange brûlé de l’érable noir – tremblements fous des feuillus troublant la solidité des conifères teintés de vert et de noir.

La lumière jaunâtre du jour filtre à travers le dais des feuillages. Il pleut de grosses feuilles d’érables humides qui vous collent au corps – et au capot et aux vitres de la camionnette.

Silhouette fondue dans le décor d’automne, Romu – sur le plan vertical des troncs nus, entre tapis et feuillages.

Essence versée, chaîne aiguisée. Cette démarche du bûcheron à travers bois : pied de cheval, œil d’oiseau : les bottes enfoncées dans les feuilles jusqu’aux chevilles; la tête perdue dans les hauteurs. Crochet à l’épaule, toujours. Scie en main, tenue par l’anse au-dessus, lame derrière. Cette façon aussi de poser la main sur un arbre qu’on va abattre, de remonter le tronc du regard jusqu’au feuillage. Cette lenteur de la décision. Cette évaluation sûre du terrain d’abattage. Cette prévisualisation de la chute, comme si chutait déjà : de ce côté, dans l’éclaircie entre les bouleaux, une trentaine de pieds. Et le marquage invisible de la ligne de coupe sur le pourtour du tronc. Le cordon de démarrage tiré, le bruit mécanique saisit les arbres. Les révolutions du moteur aussitôt diminuent. Le bruit un temps étouffé : la tronçonneuse hoquette dans les feuilles mortes. La chaîne tranchante tourne par à-coups. L’outil dégage une fumée bleutée qui tranche avec les couleurs de l’automne.

La tronçonneuse maintenant tenue en main – comme un chien mauvais tenu en laisse. Devant, un grand bouleau jaune : écorce cuivrée, refrisée; ramure ovale, solide. L’essence afflue dans les cylindres. Les pistons s’affolent sous le coup des explosions. Le bruit transperce les arbres et les nuages. La fumée se propage dans les ramages du bouleau – colore le feuillage en jaune bleu.

Le décor brûle des couleurs chaudes et froides des feux de forêt : et le rouge et le jaune du feu, et le bleu et le blanc de la fumée. Les flammes caressent les troncs et les branches; les feuillus sont des bouquets de flammes; les conifères sont des torches allumées. Le son des épines qui crépitent; le bruit des cônes qui explosent. Et soudain le fracas d’un arbre qui tombe – de tout son long sur les feuilles mortes. La braise qui couve sous le tapis; le sol qui chauffe du dedans; l’humus en feu contenu, fumant : l’écorce même de la terre en douce, brûlant.

Traduction :

In the vision of displacement, the scenery organizes itself in concentric circles: in the foreground, the trunks move fast, skirting close to the pickup; in the middle ground, the trees pass at medium speed, like walkers; in the background at last, the dense of the forest turns very slowly – at the speed of the earth. At random in the rotation, the wheel of scenery produces radials of perfectly aligned trees.

At last the wheel of scenery comes to a stop: the radials lock in the middle of a recess. The red-orange checks of the jacket camouflage themselves in the autumn colors; the orange chainsaw and the red jerrycan falling blend into the carpet of leaves; the hook and the axe lie on the ground like remains of limbing.

The wind rises – and Romu’s eyes, on the foliage churning a thousand tones of red and yellow: the sugary red of the red maple, the greenish yellow of the poplar, the whitish yellow of the birch, the burnt orange of the black maple – mad tremblings of the deciduous troubling the solidity of the conifers tinged with green and black.

The yellowish light of day filters through the canopy of foliage. It rains large wet maple leaves that stick to your body – and to the hood and the windows of the pickup.

Silhouette melted into the autumn scenery, Romu – on the vertical plane of bare trunks, between carpet and foliage.

Fuel poured, chain sharpened. This gait of the lumberjack through woods: horse foot, bird eye: boots sunk in the leaves up to the ankles; head lost in the heights. Hook at the shoulder, always. Saw in hand, held by the handle above, blade behind. This way too of laying the hand on a tree one is going to fell, of tracing the trunk upward with the gaze to the foliage. This slowness of the decision. This sure assessment of the felling ground. This previsualization of the fall, as if already falling: on this side, in the clearing between the birches, some thirty feet. And the invisible marking of the cut line around the circumference of the trunk. The starter cord pulled, the mechanical noise seizes the trees. The revolutions of the engine immediately diminish. The noise for a time muffled: the chainsaw hiccups in the dead leaves. The cutting chain turns in fits and starts. The tool releases a bluish smoke that cuts against the colors of autumn.

The chainsaw now held in hand – like a mean dog held on a leash. Ahead, a large yellow birch: bark coppery, recurled; crown oval, solid. Fuel floods into the cylinders. The pistons go wild under the blow of explosions. The noise pierces the trees and the clouds. The smoke spreads through the branchwork of the birch – colors the foliage yellow blue.

The scenery burns with the warm and cold colors of forest fires: and the red and the yellow of fire, and the blue and the white of smoke. The flames caress the trunks and the branches; the deciduous are bouquets of flame; the conifers are torches lit. The sound of needles crackling; the noise of cones exploding. And suddenly the crash of a tree falling – full length on the dead leaves. The embers smoldering under the carpet; the ground heating from within; the humus in contained fire, smoking: the very bark of the earth on the quiet, burning.


Coulées (extrait)

Texte-source :

Village après village, le bus se vidait. Vers la fin, souvent, il n’y avait plus que le chauffeur et moi, et aussi parfois un dernier petit vieux, ou une petite vieille, qui, assis tout en avant, entretenait le chauffeur de choses sans importance.

Je m’asseyais tout au fond, me renfrognant dans ma solitude. Je regardais par la fenêtre. De l’autre côté de la rivière, des lignes à haute tension écharpaient des montagnes denses et rondes. On apercevait successivement : un train de marchandises, un garage, un pont couvert, un hameau, une gare désaffectée. Mais de ce qu’ils avaient bâti, partout, les hommes semblaient s’être absentés. C’était un monde minéral, aux parois de roc, aux machines de fer, monde qui risquait à tout moment de se briser en de grands éboulements de falaises. Transbahuté au fond du bus, j’avalais encore quelques kilomètres de désolement.

Quand, au détour d’un méandre, surgissait enfin le pont tant attendu : le pont des Plateaux. Le bus s’arrêtait quelque cent mètres plus loin, dans le parking d’un restaurant/station-service : chez Pitre. Le nom brillait au sommet d’un poteau de fer, à l’intérieur d’une enseigne en forme d’étoile.

Je vois mon père à travers la vitre fumée, il m’attend. Je descends. Je suis si content de le retrouver! On s’embrasse, sur la bouche. Le trajet aura été un intervalle douloureux de vide et de solitude entre deux parents, entre deux embrassades.

Je monte dans le pick-up du père. C’est un homme fort et large, aux mains épaisses, aux épaules forgées par le travail de la ferme et du bois. L’homme et le camion semblent avoir été coulés dans un seul moule : même carrure, même force, même assurance. Je ne risque plus rien – je crois que je ne risque plus rien, bien installé dans l’habitacle du véhicule, réfugié sous l’aile fuselée du capot, mon père au volant.

Dehors, l’hiver se déchaîne de plus belle. L’homme a bravé la tempête pour venir me chercher, et ça me fait chaud en dedans. les flocons dévient sur le pare-brise incassable. Les roues du pick-up mordent dans la neige. La camionnette roule doucement vers le pont des Plateaux. Mon père me ramène à la maison.

La tempête, le froid, les tourments, l’hostilité du monde se brisent aux angles de la coque solide qui nous abrite. On avance dans le monde, et en même temps on en est protégé.

Traduction :

Village after village, the bus emptied. Toward the end, often, there was no one left but the driver and me, and sometimes too one last little old man, or a little old woman, who, seated all the way up front, engaged the driver with things of no importance.

I sat all the way in the back, scowling into my solitude. I looked out the window. On the other side of the river, high-tension lines slashed across dense, round mountains. One caught sight of, in succession: a freight train, a garage, a covered bridge, a hamlet, a disused station. But from what they had built, everywhere, men seemed to have absented themselves. It was a mineral world, with walls of rock, with machines of iron, a world that at any moment might shatter into great collapses of cliff. Carted along at the back of the bus, I swallowed a few more kilometers of desolation.

When, at the turn of a meander, the long-awaited bridge would at last surge into view: the Plateaux bridge. The bus stopped some hundred meters further on, in the parking lot of a restaurant/gas station: chez Pitre. The name shone at the top of an iron pole, inside a star-shaped sign.

I see my father through the smoked glass, he is waiting for me. I step down. I am so happy to see him again! We kiss, on the mouth. The journey will have been a painful interval of emptiness and solitude between two parents, between two embraces.

I climb into the father’s pickup. He is a strong, broad man, with thick hands, with shoulders forged by the work of the farm and the woods. The man and the truck seem to have been cast in a single mold: same build, same strength, same sureness. Nothing can happen to me now—I believe nothing can happen to me now, settled snug in the cab of the vehicle, sheltered under the streamlined wing of the hood, my father at the wheel.

Outside, winter rages all the harder. The man has braved the storm to come fetch me, and that warms me inside. the snowflakes veer off the unbreakable windshield. The pickup’s wheels bite into the snow. The truck rolls gently toward the Plateaux bridge. My father is taking me home.

The storm, the cold, the torments, the hostility of the world break against the angles of the solid hull that shelters us. We move forward into the world, and at the same time are protected from it.